Corinne ALEXANDRE psychothérapeute Psychotrauma EMDR Bollène Ligne

Clinique des états archaïques - Traumatismes archaïques

 

Clinique des états archaïques et traumatismes archaïques

 

La clinique des états archaïques interroge ce qui, dans l’expérience humaine, précède l’apparition du langage verbal. Elle renvoie à des vécus primitifs, corporels, sensoriels et émotionnels, inscrits dans les premiers temps de la vie, voire dans la vie fœtale. Dans cette perspective, le psychomotricien se montre particulièrement attentif aux manifestations corporelles archaïques, c’est-à-dire aux éprouvés issus de la période d’avant les mots.

Les angoisses archaïques, telles que l’angoisse de séparation ou encore les éprouvés liés à la découverte du milieu aérien après la naissance, appartiennent au développement ordinaire du nourrisson. Toutefois, lorsqu’elles débordent les capacités de liaison et de symbolisation du sujet, elles peuvent prendre une dimension pathologique. Elles laissent alors des traces durables dans le corps et dans la vie psychique.

Freud évoque l’état de détresse physiologique du bébé, tandis que Rank et Ferenczi insistent davantage sur la portée psychologique du traumatisme originaire. Winnicott, pour sa part, décrit la crainte d’un effondrement du Moi, vécu comme une chute ou un morcellement, alors que Mélanie Klein met en lumière les mécanismes précoces de défense fondés sur la fantasmatisation et les projections de haine. Ces approches convergent autour d’une idée centrale : l’expérience archaïque s’inscrit d’abord dans le corps et dans la relation, avant de pouvoir être pensée ou dite.

Françoise Dolto rappelle à cet égard que la parole s’enracine dans une continuité vibratoire et relationnelle du vivant :

« Les mots sont des vibrations sonores, les images des vibrations lumineuses, les sensations des vibrations de la chair, et en physique, une vibration est un espace ayant une existence réelle. Lorsque je prononce un son, un mot, je crée un espace vibratoire continu de ma bouche à votre oreille. Ce qui signifie que si nous ne vivions que dans des espaces vibratoires, si nous n’avions pas de corps, pas de matérialité, pas de toucher et pas d’yeux pour nous rendre compte, nous ne pourrions jamais nous vivre comme séparés les uns des autres. »

Cette réflexion permet de penser autrement la question du non verbal et de l’archaïque : avant le mot, il y a déjà de la présence, du rythme, de la vibration, de la relation.


Comment écouter le non verbal ?

L’archaïque désigne précisément cette période hors langage verbal. Comme le souligne Victor Marinov, la difficulté majeure tient au fait que cette dimension échappe, par définition, à la traduction directe en mots. La ligne de démarcation se situerait au moment où l’enfant devient capable de mettre en forme verbalement les messages reçus de l’environnement adulte. Avant cela, l’expérience demeure dans un registre préverbal, parfois insaisissable, ce qui rend difficile toute tentative de « faire parler » l’archaïque.

René Roussillon insiste sur le fait que les expériences archaïques sont hors temps tout en traversant le temps. Elles ne disparaissent pas avec la symbolisation secondaire ; elles en conservent la trace dans la mémoire corporelle et dans les strates les plus profondes du psychisme. L’archaïque ne s’efface donc pas : il persiste sous des formes sensibles, affectives, tonico posturales ou relationnelles.

Didier Anzieu résume ce primat du corporel en une formule forte : au départ, c’est senti, c’est éprouvé, c’est dans le corps. À l’origine, l’expérience est quasi entièrement kinesthésique et cénesthésique ; elle engage la totalité du corps. Il s’agit d’un rapport au monde fondé sur la sensation interne, le mouvement, l’équilibre, la tension, le contact, bien avant la distinction claire entre dedans et dehors.

Dans la même perspective, René Spitz montre que, durant les six premiers mois de la vie — et parfois au-delà — le système perceptif du nourrisson se situe dans une phase de transition entre une organisation cénesthésique, émotionnelle et non verbale, et une organisation diacritique, qui renvoie à des processus plus différenciés et plus proches de la pensée consciente. Les signes reçus par le bébé appartiennent alors à un registre sensoriel fondamental : équilibre, température, vibrations, contact cutané et corporel, sonorités, rythme, tempo, durée, résonance.

Spitz remarque d’ailleurs que certains adultes conservent une sensibilité particulière à cette organisation archaïque. Il pense notamment aux musiciens, danseurs, acrobates, poètes, peintres ou aviateurs, plus sensibles aux formes de communication non strictement rationnelles. À ses yeux, la culture occidentale a pourtant tendance à privilégier la communication diacritique, en refoulant d’autres formes de sensibilité comme l’intuition, la résonance sensorielle ou les états de régression.


Les cris du bébé : un langage en deçà du phonème

Les premiers cris du bébé se situent en deçà du phonème, c’est-à-dire hors du champ lexical. Ils appartiennent à un registre purement sensoriel et affectif. Avant toute parole constituée, le nourrisson communique par des éprouvés, par des tensions, par des rythmes corporels et vocaux. Ce protolangage fait de cris et de pleurs constitue déjà un mode de relation au monde.

La langue maternelle s’enracine dans cette expérience archaïque. Elle ne se réduit pas à un système de signes ; elle est aussi une enveloppe affective, sonore et relationnelle. Les échanges vocaux de la période préverbale ne sont pas absents, bien au contraire. Les mères parlent souvent à leur bébé dans une sorte de monologue continu, auquel l’enfant répond par des gazouillis. Ce premier échange peut être compris comme une forme de chorale primitive, où s’accordent voix, présence, rythme et affect.

Nicolas Abraham et Maria Torok proposent à ce sujet une formulation décisive : le vide de la bouche est d’abord rempli de cris et de pleurs, mais grâce à la présence maternelle, ce vide devient progressivement appel, puis possibilité d’émergence du langage. Le passage de la bouche pleine de sein à la bouche vide de mots s’effectue à travers des expériences répétées de manque, d’attente et de mise en lien. L’introjection commence ainsi par la capacité à remplir de mots le vide de la bouche.


Le stade préverbal et la proto-communication

Dans cette phase préverbale, le non verbal constitue une véritable proto-communication. Il s’agit d’un mode de liaison entre l’enfant et le monde, essentiellement médiatisé par la relation à la mère ou à la figure de soin principale. Paul Boquel parle à ce propos de la langue maternelle comme du contenant de la relation existentielle, comme du schème de tous les autres schèmes.

Certains auteurs, comme Spitz, vont jusqu’à évoquer, pour décrire cette forme de communication primitive, une proximité avec des phénomènes d’ordre extrasensoriel ou télépathique. Sans reprendre nécessairement ce vocabulaire de manière littérale, on peut comprendre ici que les échanges précoces dépassent largement la seule transmission sémantique. Ils reposent sur l’accordage, la résonance, le portage émotionnel, la modulation de la voix, l’intonation et la qualité de présence.

Dans une lecture inspirée de Bion, on peut penser que la langue maternelle contient et transforme les éléments émotionnels bruts du bébé. Les éprouvés non pensables, que Bion nomme éléments bêta, sont accueillis, métabolisés et transformés par la fonction contenante de l’adulte en éléments alpha, c’est-à-dire en matériaux psychiques susceptibles d’être rêvés, pensés, puis symbolisés. Les mots, dans leur musicalité et leur tonalité affective, participent déjà à ce travail de transformation.

Cela permet également de comprendre qu’une même phrase dite dans une autre langue ne possède pas toujours la même résonance émotionnelle : la langue maternelle porte avec elle une histoire relationnelle et affective singulière.


La musicalité du langage et le bain sonore

La musicalité est intrinsèque à la langue maternelle. Le langage, dans sa dimension archaïque, ne transmet pas seulement du sens ; il transmet aussi des affects, des rythmes, des tensions et des apaisements. René Kaës rappelle que musique et langage ont en commun de contribuer à la réduction des tensions. Les phonèmes deviennent ainsi les premiers éléments de sens pour l’enfant, mais toujours associés à des affects.

Ivan Fónagy, à travers la notion de « vive-voix », montre que la langue déborde le message explicite. Chaque son du langage est traversé par une multiplicité de traits articulatoires, acoustiques et pulsionnels. La mélodie de la voix sert ainsi d’indice émotionnel ; elle exprime des mouvements corporels imaginaires liés à des situations affectives fondamentales.

Cette réflexion conduit à la notion de bain sonore. Edith Lecourt, dans le prolongement des travaux de Didier Anzieu, souligne que cette notion renvoie moins au sonore seul qu’à une expérience globale de cénesthésie, d’apesanteur, de portage et d’enveloppement. Le nourrisson se sent bercé, transporté, porté par une enveloppe sonore qui participe du holding décrit par Winnicott. L’enveloppe sonore de la mère constitue alors un premier pare excitation.

Lecourt ajoute que l’intégration du son et du silence, par les codes verbaux et musicaux, offre une protection contre leurs dimensions traumatiques et persécutrices. Le sonore ne protège que s’il est suffisamment articulé au silence ; autrement, il peut devenir intrusion, rupture ou béance.


Qu’est-ce que l’émotion ?

Le corps dit l’émotion. Dans les premiers temps de la vie, l’émotion est inséparable de la relation. Le corps devient le premier réceptacle et le premier mode d’expression des états affectifs. Les émotions permettent à l’organisme de s’adapter au contexte sans relever d’abord d’un contrôle volontaire. Même si, secondairement, leur expression peut être modulée, leur surgissement premier appartient à un registre involontaire et corporel.

Les grandes familles émotionnelles — colère, joie, peur et tristesse — s’inscrivent dans une trame relationnelle et culturelle. L’affect constitue ainsi le premier langage du petit d’homme : un langage intra corporel avant d’être représentatif. Les états de stupeur, de rage ou de terreur, tout comme les mimiques, les postures et les gestes, expriment ce que les mots ne peuvent pas encore contenir.

Chez l’enfant qui n’a pas encore accès à la négation verbale, les situations de déplaisir peuvent être évacuées par le vomissement, le jet d’objets, la casse, le cambrement du corps ou encore par des expressions psychosomatiques. Le corps parle là où les mots manquent.


Bion et l’expérience émotionnelle

Avec Bion, la psychanalyse ne s’intéresse plus seulement au contenu symbolique, mais au processus même de la pensée. Le bébé, confronté à des expériences émotionnelles trop intenses, ne peut les contenir seul. Pour pouvoir supporter ce qui l’insécurise et l’angoisse, il a besoin qu’une personnalité plus mûre prenne en charge ses éprouvés débordants.

C’est ce que Bion formalise à travers la relation contenant-contenu. Le psychisme de la mère, ou du soignant, joue la fonction de contenant pour les états émotionnels bruts du nourrisson. Cette fonction est essentielle, car le bébé n’est pas encore équipé psychiquement pour traiter seul ses propres tensions internes.

La capacité de l’adulte à recevoir, tolérer et transformer les vécus du bébé constitue ainsi une condition de possibilité du penser. Sans cette fonction alpha, les expériences restent à l’état brut, non métabolisé, et risquent de revenir sous forme de décharges, d’angoisses sans nom ou de manifestations corporelles.


Les enveloppes psychiques chez Didier Anzieu

Le modèle de l’enveloppe psychique, développé par Didier Anzieu, offre un cadre majeur pour penser les états archaïques. L’enveloppe psychique désigne une limite organisatrice fondamentale de l’espace psychique. Elle ne se réduit pas à l’analogie de la peau, même si elle s’y étaye ; elle devient un concept permettant de penser les phénomènes d’interface, de passage et de différenciation.

Anzieu montre que ce qui est premier dans la construction de l’espace psychique, c’est la construction d’une limite. Cette enveloppe a pour fonction de filtrer, différencier et organiser le rapport entre monde interne et monde externe, entre objets animés et inanimés, entre réalité psychique, réalité naturelle et réalité culturelle. Elle se constitue d’abord dans l’expérience du contact peau à peau, puis à travers l’usage d’objets-frontières, dont le plus connu est l’objet transitionnel décrit par Winnicott.

Le concept de Moi-Peau renvoie précisément à cette expérience d’une limite corporelle et tactile du corps, vécue comme un espace fermé par une membrane souple séparant le dedans du dehors tout en autorisant les échanges. Cette enveloppe permet de maintenir un ordre rassurant dans lequel le sujet peut reconnaître ce qui lui appartient et ce qui appartient à l’autre.

Mais lorsque cette limite se rigidifie, se fissure ou se déchire, les conséquences psychiques peuvent être majeures. Le monde externe peut alors déferler et envahir l’espace psychique ; inversement, les tensions internes peuvent ne plus trouver de bord où se déposer. Le sujet peut avoir l’impression de se vider, de perdre ses représentations, ou chercher dans certaines sensations, voire dans les conduites addictives, une forme fugace de cohésion identitaire.

Le modèle de l’enveloppe psychique permet ainsi de décrire les états de crise dans lesquels le sujet se sent menacé de perdre son identité. Edith Lecourt souligne en ce sens que la qualité d’enveloppe n’est envisageable qu’à partir de l’étayage sur l’expérience du Moi-Peau. Lorsque cette fonction d’inter sensorialité fait défaut, peuvent apparaître des angoisses de morcellement ou de démantèlement, c’est-à-dire une désorganisation des différents registres sensoriels.


Les signifiants formels et les traces archaïques

L’espace psychique est indissociablement lié au corps. Anzieu insiste sur le fait qu’il n’existe pas d’espace psychique sans étayage corporel. Le Moi-Peau fait précisément le lien entre psyché et corps, en offrant un premier espace de réflexivité où le sujet peut se percevoir à la fois du dedans et du dehors.

Dans cette perspective, Anzieu développe la notion de signifiants formels. Il s’agit de formes archaïques constituées d’images proprioceptives, kinesthésiques et cinesthésiques, renvoyant à des états de la matière ou de l’espace encore peu différenciés. Ces formes relèvent souvent d’un espace bidimensionnel où les confusions entre dedans et dehors demeurent importantes.

Ces signifiants peuvent évoquer le rétrécissement, la courbure, l’aplatissement, l’ondulation, la chute, le tourbillon, l’arrachage, le dédoublement, l’inversion, le décollement ou encore l’écart. Ils peuvent se formuler dans des expressions telles que : « un corps solide est traversé », « un bras s’allonge », « un orifice se creuse », « une ligne se courbe ». La peau constitue ici le référent de base.

Lorsqu’ils sont altérés ou massivement investis, ces signifiants formels peuvent être mis en lien avec des vécus limites, voire avec certains mécanismes de défense psychotiques comme la fragmentation, la déchirure ou la pulvérisation. Ils donnent accès à une clinique où la forme précède le sens, et où le thérapeute doit savoir écouter les éprouvés de matière, de mouvement, de bord et d’espace.


Pour conclure

La clinique des états archaïques met au premier plan une dimension de l’expérience humaine qui échappe longtemps au langage. Le sujet s’y constitue d’abord à travers des éprouvés corporels, sensoriels, rythmiques et émotionnels, dans le cadre d’une relation contenante. Le corps, la voix, la musicalité, l’enveloppe, le rythme et les sensations primitives y jouent un rôle central.

Du traumatisme originaire à la fonction contenante de la mère, du bain sonore au Moi-Peau, des émotions non verbalisées aux signifiants formels, l’archaïque apparaît comme une dimension fondamentale de la vie psychique. Il ne s’agit pas d’un simple passé dépassé, mais d’un fond toujours actif, susceptible de resurgir dans la clinique sous forme d’angoisses, de manifestations corporelles, de troubles de la limite ou de difficultés de symbolisation.

Écouter l’archaïque, c’est donc apprendre à entendre ce qui ne se dit pas encore ou ne se dit plus, mais continue de se manifester dans le corps, dans la relation et dans les formes les plus primitives de l’expérience subjective.


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"Le modèle de l'enveloppe psychique permet ainsi de décrire des états instables et des transformations que l'on trouve dans des moments de crise dans lesquelles le sujet se sent menacé de perdre son identité."

(Didier Anzieu, Les enveloppes psychiques, Dunod, 2000, p.7)

 

 

L'enveloppe psychique devient un concept qui permet de découvrir et d'explorer les phénomènes d'interface (p. 8)."..."Ce qui est premier au niveau de la construction de l'espace et par là même de l'appareil psychique c'est la construction d'une limite"..."L'enveloppe psychique devient ainsi une limite non fermée contrairement à la peau (...). Elle a une fonction supplémentaire , elle permet de filtrer puis de différencier monde interne et monde externe, objet animés et inanimés. (...) Elle apparait aussi à partir de l'utilisation d'objets frontières qui sont le support de projections, et dont les caractéristiques formelles ont également un pouvoir organisateur sur l'appareil psychique (...) Le plus ancien et le plus connu est l'objet transitionnel repris ensuite comme phénomène transitionnel par D.W. Winnicott

(Didier Anzieu, Les enveloppes psychiques, Dunod, 2000, p.9)

 

"L'enveloppe psychique devient ainsi un concept qui permet de découvrir et d'explorer les phénomènes d'interface. (...). Elle devient ainsi le support, le lieu de passage entre les différents phénomènes, elle a une fonction supplémentaire, elle permet de filtrer puis de différencier le monde interne et monde externe, objets animés et inanimés".  (...) Comment ce phénomène est-il possible? (...) Elle se crée d'abord à partir du contact peau à peau (...). Elle apparait aussi à partir de l'utilisation d'objets frontières qui sont le support de projections, et dont les caractéristiques formelles ont également un pouvoir organisateur sur l'appareil psychique. Ils sont utilisés spontanément par les enfants et les adultes en dehors de l'observation des psychologues. Le plus ancien et le plus connu est l'objet transitionnel repris ensuite comme phénomène transitionnel par D.W. Winnicott". (...) On ne peut comprendre qu'un objet puisse être à la fois dedans et dehors sauf s'il est placé à la frontière de deux domaines. A ce moment une face de l'objet est tournée vers le dedans, une autre vers le dehors (en ce sens on peut parler d'une structure en double feuillet de l'enveloppe. C'est la construction de cet objet, puis son utilisation qui va capter et situer le phénomène interface, opérateur de la mise en correspondance des différentes domaines psychiques, mais aussi culturels et naturels.(...). Ces objets "émergent spontanément d'une part de l'expérience médiatisée du corps à corps mais aussi dans des expériences projectives et psychothérapeutiques dans lesquels un matériel graphique ou un objet concret sert de médiateur relationnel " 

(Didier Anzieu, Les enveloppes psychiques, Dunod, 2000, p.9 à 10)

 

Le Moi-Peau est un concept défini par Didier Anzieu qui correspond à une expérience de limite corporelle et tactile du corps, perçu comme un 

"espace fermé par une limite assimilable à une peau psychique différenciant deux espaces topologiquement séparés avec à l'intérieur l'espace psychique dans lequel vivent en ordre ou en désordre des contenus psychiques, des représentations : affects cognitions, pensées. Au dehors, nous trouvons le monde, physique, naturel, mais aussi d'autres individus que le sujet, ainsi que la réalité culturelle. Si l'on s'en tient à l'analogie de la peau pour décrire la limite, l'enveloppe psychique peut-être assimilée à une membrane souple qui dans une première fonction différencie les domaines du dedans et du dehors tout en permettant des échanges entre ces espaces. (...). Elle permet de fonctionner dans un certain ordre rassurant dans lequel la réalité psychique de l'individu est située dedans et celle de l'autre dehors, fonctionnant avec une logique comparable, mais aussi de reconnaître et de différencier le monde naturel du monde humain. Ce modèle est celui avec lequel nous fonctionnons la plupart du temps. Il peut nous représenter un conflit, en offrant la possibilité de maintenir les tensions à l'extérieur du moi, tout en investissant la relation à l'autre et le monde naturel".

(Didier Anzieu, Les enveloppes psychiques, Dunod, 2000, p.6)

 

"Ces repères permettent de maintenir une cohérence. Suivant les tensions, le sujet peut avoir l'impression de se vider progressivement ou brutalement et de ne plus avoir de représentations. Il lui reste alors à rechercher des sensations qui peuvent se lier à des mises en actes e prenant appui sur des drogues licites ou illicites, qui, par leur effet, donnent la sensation fugace et souvent hédoniste d'une identité cohérente"

Didier Anzieu, Les enveloppes psychiques, Dunod, 2000, p.6

 


"La qualité d'enveloppe n'est envisageable, à proprement parler, que par étayage sur l'expérience du Moi-Peau.

Je souscris sur ce point aux indications données par D.Anzieu (1985,p.103) : Le Moi-Peau est une surface psychique qui relie entre elles les sensations de diverses natures et qui les fait ressortir comme figure sur ce  fond originaire qu'est l'enveloppe tactile : c'est la fonction d'intersensorialité du Moi-Peau, qui aboutit à la constitution d'un "sens commun" (le sensorium commune de la philosophie médiévale), dont la référence de base se fait toujours au toucher.

A cette carence de cette fonction répondent l'angoisse de morcellement du corps, plus précisément celle de démantèlement (Meltzer, 1975), c'est à dire d'un fonctionnement indépendant, anarchique, des divers organes de sens"

(E.Lecourt in D. Anzieu, Les enveloppes psychiques, Dunod, 2000, p. 236)

 

"Que se passe t-il lorsque cette limite se rigidifie, ou lorsqu'elle se déchire? Peut-on fonctionner sans limites? Est ce que ces ruptures peuvent avoir des conséquences pathologiques? Du point de vue de la cohérence du sujet, toute atteinte de l'enveloppe risque d'entraver une confusion entre monde psychique et monde naturel (...). Inversement, le monde externe peut déferler et envahir l'espace psychique, affects et cognitions sont indifférenciées : dedans et dehors, objets et contenus psychiques deviennent équivalents. Le monde externe, le paysage, devient l'ultime forme contenant l'appareil psychique en train de se désagréger. (...) Le bruit de vagues, la nuit, est celui de la nuit même; et combien l'ont entendus retentir au fond de leur âme; tel l'espoir qui se brise perpétuellement dans l'obscurité, avec un bruit sourd d'écume résonnant dans les profondeurs"

(Fernando Pesso, Le Livre de l'intranquilité, 1982, tr.fr. Bernardo Soarès, Paris, Christian Bourgois, 1992 in Didier Anzieu, Les enveloppes psychiques, Dunod, 2000, p.6 à 7).