Corinne ALEXANDRE psychothérapeute psychanalyse Bollène Ligne
Psychanalyse & Trauma
Qu’est-ce que la psychanalyse ?
La psychanalyse est à la fois une méthode, une technique et une expérience de rencontre avec soi-même.
Elle vise à explorer la vie psychique inconsciente afin de mieux comprendre le sens des conduites, des symptômes, des répétitions et des conflits internes. Fondée sur les travaux de Freud, elle cherche moins à faire disparaître rapidement un symptôme qu’à en élucider la signification profonde.
On peut dire que la psychanalyse est avant tout une démarche de compréhension. Elle permet au sujet de mettre en mots ce qui le traverse, de repérer ses conflits inconscients, et de retrouver davantage de liberté dans ses choix et dans sa vie.
René Roussillon rappelle d’ailleurs que l’espace analytique n’est pas un simple cadre figé, mais un espace potentiel, à découvrir et à construire dans la relation thérapeutique. Ce qui fait la valeur analytique d’un dispositif ne tient pas seulement à sa forme, mais à ce qu’il permet de déployer, d’interpréter et de transformer.
La formation et la pratique du psychanalyste
La psychanalyse suppose une formation exigeante.
L’analyse didactique désigne la psychanalyse entreprise par celui ou celle qui souhaite devenir psychanalyste. Elle ne constitue pas un simple passage de formation : elle représente un travail personnel approfondi, indispensable à la pratique, et qui se prolonge tout au long du parcours professionnel.
La formation du psychanalyste s’effectue généralement dans des écoles privées, sur plusieurs années, et se conclut souvent par un mémoire de recherche.
À cela s’ajoute la supervision, qui permet au praticien d’être accompagné par un pair dans sa pratique clinique. Ce travail est essentiel pour penser les phénomènes de transfert et de contre-transfert, et pour maintenir une position clinique juste vis-à-vis du patient.
L’inscription dans un cadre déontologique, via des fédérations ou syndicats professionnels, participe également à la rigueur de la pratique.
Contrairement à une représentation parfois caricaturale, le psychanalyste n’est pas isolé dans son cabinet. Il peut aussi enseigner, faire de la recherche, écrire, intervenir dans des conférences, et poursuivre en permanence sa formation.
La psychanalyse en pratique
La psychanalyse ne se résume pas à l’image du patient allongé sur un divan. Le travail peut aussi se faire en face à face, dans le cadre d’une thérapie analytique ou d’une thérapie de soutien.
L’essentiel réside dans la qualité d’écoute du thérapeute. Cette écoute permet au patient de verbaliser ses symptômes, de mettre des mots sur ses maux, et progressivement de redevenir sujet de son histoire.
La psychanalyse ouvre ainsi un chemin d’introspection, de compréhension de soi et de transformation psychique.
La psychothérapie analytique
La psychothérapie analytique s’appuie, comme la psychanalyse, sur les mécanismes inconscients, sur l’association libre, sur le transfert et sur l’écoute clinique.
Cependant, elle se distingue de la cure analytique classique par un cadre plus souple et par une implication plus structurante du thérapeute. Elle est souvent proposée au début du travail thérapeutique, notamment lorsque le sujet a besoin d’un soutien plus contenant.
Son objectif n’est pas seulement de comprendre le symptôme, mais aussi d’aider à travailler le conflit psychique qui le sous-tend. Elle peut ainsi constituer une première étape avant un travail psychanalytique plus approfondi.
Dans ce cadre, le face-à-face remplace souvent le divan, et la neutralité stricte du psychanalyste laisse davantage de place à une présence bienveillante et structurante.
Cette conception rejoint certains apports de Bion et de Winnicott, notamment autour de la fonction contenante du thérapeute. Le transfert demeure un outil central de la thérapie, mais le thérapeute peut aussi venir incarner une figure suffisamment bonne, capable à la fois de contenir, de soutenir, de cadrer et parfois de confronter le patient au principe de réalité.
La thérapie analytique intégrative
La thérapie analytique intégrative articule la méthode psychanalytique avec d’autres outils thérapeutiques.
Elle conserve comme base le travail sur l’inconscient et la compréhension des conflits psychiques, mais elle peut aussi intégrer, selon les besoins du patient, des médiations complémentaires comme l’art-thérapie, l’EMDR, l’hypnose, le transgénérationnel, la psychosomatique ou encore la psychoéducation.
L’idée n’est pas d’opposer les approches, mais de les articuler avec cohérence autour du sujet, de son histoire, de son fonctionnement psychique et de sa souffrance.
"Une psychanalyse, type ou non, est la cure qu’on attend d’un psychanalyste. […]
Car, si la voie de la psychanalyse se met en cause en la question de ses variantes au point de ne plus se recommander que d’un type, une existence aussi précaire pose qu’un homme la maintienne et que ce soit un homme réel. »
Jacques Lacan, « Variantes de la cure-type »
"L'espace analytique possède bien des spécificités, mais celles-ci ne délivrent leurs fonctions que
par l'utilisation qui en sera faite, que par le sens ce que le processus sera conduit à prendre en cours de route, que dans la manière dont le processus en découvrira progressivement les potentialités. L'espace analytique est un espace potentiel, c'est un espace à découvrir, c'est un espace qui ne deviendra "analytique", "analysant" que s'il est découvert dans les potentialités qu'il recèle et porte en germe. Il en va ainsi de tous les espaces et dispositif-analysants ou symbolisant, ils dépendent autant de leur forme même que de l'utilisation que praticien et analysants en feront, ils sont "à interpréter", comme on dit d'un musicien qu'il qu'il "interprète" une partition, pour livrer leurs potentialités spécifiques, ils vont à trouver-créer, à retrouver pour être créatifs, c'est ce processus qui définit l'orientation transitionnelle de la psychanalyse."
Roussillon, le transitionnel, le sexuel et la réflexivité, Dunod, 2008, p.36
Le traumatisme d’un point de vue psychanalytique
Le concept de traumatisme est présent dans la psychanalyse depuis ses origines, notamment à travers les premières élaborations freudiennes sur la séduction et le traumatisme infantile. Cependant, c’est Ferenczi qui remet l’événement traumatique au premier plan en insistant sur la réalité de ce qui a été vécu par le sujet.
Comme il l’écrit :
« Il faut répéter le traumatisme lui-même et, dans les conditions les plus favorables, l’amener, pour la première fois, à la perception et à la décharge motrice. »
Cette idée est essentielle. Le traumatisme ne se réduit pas à un souvenir pénible. Il correspond à un choc inattendu, non préparé, écrasant, qui déborde les capacités psychiques du sujet.
Ferenczi écrit également :
« Un choc inattendu, non préparé et écrasant agit comme un anesthésique. »
Autrement dit, face à l’effroi, les fonctions psychiques se mettent à l’arrêt. La pensée se sidère, le corps peut se figer, et le sujet entre dans un état de paralysie psychique et corporelle.
Dans cette situation extrême, le Moi se fragmente. La personne peut alors se dédoubler psychiquement pour continuer à survivre. Cette fragmentation agit comme un mécanisme de protection : la douleur, elle aussi, se trouve morcelée, répartie, comme si le sujet ne pouvait continuer à exister qu’en se divisant intérieurement.
Ferenczi formule cette expérience en ces termes :
« Je ne souffre plus, je cesse même d’exister, tout au moins comme global ; cela ne vaut plus la peine de rassembler toutes ces choses douloureuses en morceaux. »
Mais cette défense n’efface pas le traumatisme. Une part du vécu traumatique reste enkystée, maintenue dans un état de stagnation apparente, inactive en surface, mais toujours prête à se réactiver.
Ferenczi évoque ainsi :
« Une autre partie enkystée subsiste en l’état de stagnation, inactivée
mais prête à se réactiver à la première occasion."
C’est pourquoi le traumatisme continue souvent à agir bien après l’événement. Il demeure en attente de remémoration, de représentation, de mise en sens. Dès lors, certains éléments du quotidien peuvent venir le réactiver : une musique, un bruit, un geste, une émotion, une odeur, une scène banale. Ce qui semble anodin dans le présent peut réveiller, à l’insu du sujet, la trace traumatique restée vive dans l’inconscient.
Dans cette perspective, le traumatisme n’est pas seulement un événement passé : il continue à vivre psychiquement tant qu’il n’a pas pu être élaboré.
Ferenczi insiste ainsi sur la nécessité d’un travail thérapeutique permettant au sujet de retrouver, dans un cadre favorable, ce qui n’a pas pu être psychiquement traité au moment du choc. C’est ce principe qui orientera ensuite une partie de la prise en charge en psychothérapie du traumatisme : permettre au sujet de retrouver une perception, une représentation et une décharge là où il n’y avait eu que sidération, fragmentation et effroi.