Phobies Corinne ALEXANDRE psychothérapeute EMDR Bollène Ligne
Les phobies
La phobie correspond à un déplacement de l’angoisse vers un objet, une situation ou un espace extérieur.
Certaines phobies peuvent devenir très handicapantes au quotidien, au point de limiter fortement les déplacements, les activités ou la vie sociale.
Il existe de nombreuses formes de phobies, parmi lesquelles :
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Acrophobie : peur des hauteurs
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Agoraphobie : peur des espaces publics, de la foule ou au contraire des lieux trop ouverts et déserts
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Apéirophobie : peur de l’infini
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Oikophobie : angoisse liée à la maison ou au milieu familial
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Sidérodromophobie : peur du train
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Aérodromophobie : peur de l’avion
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Cyclophobie : peur de monter à vélo ou à moto
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Claustrophobie : peur des espaces fermés comme les ascenseurs ou les transports en commun
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Amaxophobie : peur de conduire
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Stasophobie : peur de rester debout
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Ambulophobie : peur de marcher
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Basophobie : peur de tomber en marchant
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Thalassophobie : peur de la mer ou des océans
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Aquaphobie : peur de l’eau
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Ablutophobie : peur de se baigner ou de se noyer
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Cymophobie : peur des vagues
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Dynamophobie : peur du mouvement
Ces phobies peuvent avoir des répercussions très concrètes dans la vie de tous les jours : passer le permis, prendre le métro, monter dans un bus scolaire, partir en colonie de vacances, voyager en train pour le travail, conduire sur autoroute, ou tout simplement sortir de chez soi.
Focus sur quelques phobies
L’agoraphobie et la claustrophobie
L’agoraphobie et la claustrophobie sont deux phobies en lien avec l’espace.
L’une renvoie à la peur du dehors, des espaces ouverts, de la foule, de l’éloignement ou de l’impossibilité de trouver de l’aide. L’autre renvoie à la peur du dedans, de l’enfermement, de l’étouffement, des lieux clos.
Ces deux angoisses peuvent sembler opposées, mais elles parlent toutes deux d’une difficulté à habiter l’espace de façon sécurisée. Comment faire quand on ne supporte ni de rester dedans, ni d’aller dehors ? Cette souffrance peut être mal comprise par l’entourage et générer incompréhension, tensions, colère ou conflits.
L’important n’est pas de juger, mais de comprendre et d’accompagner, afin d’éviter que ces angoisses ne s’aggravent.
La peur de sortir, la peur de faire une crise d’angoisse, la peur de ne pas trouver d’aide, tout comme à l’inverse la sensation d’étouffement, peuvent progressivement se transformer en phobies. Ces symptômes révèlent souvent une angoisse plus ancienne qui se réactive.
Chez la personne agoraphobe, il peut exister une difficulté à se repérer dans l’espace, comme si l’infini devenait insécurisant. Le lien entre intérieur et extérieur n’est pas suffisamment stable ni rassurant. Un accompagnement thérapeutique progressif est alors souvent nécessaire.
La phobie de conduire ou de prendre l’autoroute
La phobie de conduire, et tout particulièrement la phobie de l’autoroute, est un motif fréquent de consultation.
Ne plus pouvoir emprunter que les petites routes, mettre en place des stratégies d’évitement coûteuses en temps et en énergie, ne plus réussir à aller travailler, faire ses courses ou se déplacer librement : cette phobie peut profondément perturber le quotidien.
La personne peut avoir peur des camions, de la vitesse, des virages, des côtes, de ne plus pouvoir sortir, de ne plus réussir à accélérer, de perdre le contrôle.
Mais derrière cette phobie, il y a parfois aussi autre chose qui se joue. Comme si la route venait dire quelque chose de la vie psychique : aller trop vite, se sentir écrasé par les responsabilités, avoir peur de ne pas trouver d’issue, se sentir dans une impasse, ne plus savoir quelle direction prendre.
Autrement dit, la route peut parfois devenir le lieu où se dépose une angoisse plus profonde.
La phonophobie : la phobie du bruit
La phonophobie renvoie à une angoisse du sonore.
Le sonore a une place particulière dans la vie psychique, car il touche directement à la question des enveloppes psychiques. Le son traverse, entoure, envahit. Contrairement à ce que l’on peut voir ou toucher, il est difficile à saisir ou à tenir à distance.
Le son ne connaît pas vraiment de limites spatiales : il nous atteint de partout. Il ne connaît pas non plus de limites temporelles : il peut être perçu de jour comme de nuit, sans véritable interruption.
Le sonore a aussi ceci de particulier qu’il reste insaisissable. On peut repérer sa source, parfois la moduler, mais le son lui-même ne se laisse pas contenir facilement. Il s’impose dans une forme de simultanéité omniprésente.
Dans cette perspective, l’enveloppe sonore maternelle joue un rôle important. Sa voix, sa manière de parler, de chanter, de contenir l’expérience sonore du bébé, participent à la construction d’un premier pare-excitation psychique.
À l’inverse, lorsque cette enveloppe est défaillante, le sonore peut devenir source de désorganisation. Didier Anzieu évoque d’ailleurs certaines enveloppes pathologiques constituées par une barrière de bruits incohérents et d’agitations motrices.
La phonophobie peut ainsi être comprise comme l’expression d’une difficulté à contenir psychiquement ce qui, sur le plan sonore, déborde, envahit ou désorganise.
Deux réactions psychosomatiques liées aux troubles de l’espace
Le syndrome de Stendhal
Le syndrome de Stendhal désigne un état de débordement émotionnel intense face à une expérience esthétique ou à un lieu particulièrement chargé sur le plan symbolique et sensible.
Stendhal le décrit ainsi après sa visite de Florence :
« J’étais arrivé à ce point d’émotion où se rencontrent les sensations célestes données par les Beaux-Arts et les sentiments passionnés. En sortant de Santa Croce, j’avais un battement de cœur, la vie était épuisée chez moi, je marchais avec la crainte de tomber. »
Il s’agit d’une réaction où le sujet se trouve submergé par l’émotion, au point que le corps lui-même vacille.
Le syndrome de Brulard
Le syndrome de Brulard renvoie à une perturbation de la mémoire, en particulier dans le récit du voyage ou du souvenir.
Il s’agit d’une déformation, puis d’une reformation du souvenir, dans laquelle l’image reconstruite finit par prendre la place de l’expérience réelle.
Stendhal l’évoque en ces termes :
« Il me semble que nous entrâmes, ou bien les récits de l’intérieur de l’hospice qu’on me fit produisirent une image qui depuis trente-six ans a pris la place de la réalité… mon souvenir n’est plus que la gravure. »
Ce syndrome interroge la manière dont la mémoire se reconstruit, se déplace, se transforme, parfois jusqu’à remplacer le réel par une image psychiquement remaniée.