Corinne ALEXANDRE psychothérapeute psychosomatique EMDR Bollène Ligne

Psychosomatique & Trauma

 

Le corps garde la trace de ce que le psychisme ne parvient pas toujours à dire

Le corps et le psychisme sont profondément liés. Lorsqu’un traumatisme survient, il ne laisse pas seulement une trace dans la mémoire : il s’inscrit aussi dans le corps.

Dès les premiers temps qui suivent un événement traumatique, différentes manifestations peuvent apparaître : accélération du rythme cardiaque, tensions musculaires, sensation de blocage, sidération, confusion, effondrement ou au contraire hyperactivation. Plus tard, d’autres symptômes peuvent s’installer : cauchemars, troubles du sommeil, anxiété, troubles de la sexualité, somatisations, voire certaines pathologies psychosomatiques.

C’est pourquoi il est important de ne pas réduire la souffrance traumatique à ce qui peut se dire avec des mots. La parole est essentielle, mais elle ne suffit pas toujours. Certaines expériences débordent les capacités de mise en sens et continuent à agir à travers le corps.

Une psychothérapie psychocorporelle permet justement d’ouvrir un travail clinique plus large, qui prend en compte à la fois les émotions, les sensations, les tensions corporelles, l’histoire du sujet et sa manière d’être en lien avec lui-même, avec les autres et avec le monde.

Dans cette perspective, le corps n’est pas seulement le lieu du symptôme. Il devient aussi un point d’appui thérapeutique. À travers la relaxation, l’exploration sensorielle, la visualisation, l’élaboration imaginaire ou certaines médiations corporelles, le sujet peut progressivement retrouver une continuité intérieure, remettre en mouvement ce qui s’était figé, et redonner du sens à ce qui était resté bloqué.

La psychosomatique relationnelle s’inscrit dans cette approche. Elle considère que le corps garde la trace des situations conflictuelles qui ont entravé le développement du sujet, mais aussi que la relation thérapeutique peut devenir un espace de transformation. Le travail ne consiste pas seulement à comprendre intellectuellement ce qui s’est passé, mais à permettre une réappropriation subjective à partir du corps, des éprouvés et de la relation.

Ainsi, le soin ne vise pas uniquement la disparition du symptôme. Il cherche aussi à relancer une dynamique de subjectivation, c’est-à-dire à aider la personne à redevenir sujet de son histoire, de ses sensations, de ses affects et de sa vie psychique.

 

Le corps et le psychisme : une unité indissociable

Le corps et le psychisme sont profondément reliés. L’un ne va pas sans l’autre.

L’émotion s’inscrit dans le corps. Lorsqu’un traumatisme survient, il peut entraîner des troubles psychosomatiques qui s’installent dans le temps. Dès la phase aiguë du traumatisme, dans les premiers jours, différentes manifestations corporelles peuvent apparaître : accélération du rythme cardiaque, hypertonie musculaire, difficultés à se mouvoir, manifestations neurovégétatives.

Ces troubles peuvent eux-mêmes générer de nouvelles angoisses, liées à la peur de mourir ou au sentiment d’impuissance face à ces réactions organiques.

Le corps peut alors se retrouver bloqué ou, au contraire, en état d’hyperactivation. L’effroi, la sidération, la confusion, l’abattement ou encore les expressions de colère sont fréquents. L’hyperactivation est d’ailleurs considérée comme l’un des meilleurs indices prédictifs du stress post-traumatique.

Plus tard, d’autres symptômes peuvent s’installer : cauchemars, troubles anxieux, troubles du sommeil, troubles de la sexualité, mais aussi diverses maladies psychosomatiques.

Il est donc important de consulter au plus tôt après un événement traumatique afin d’éviter que ces symptômes ne s’inscrivent durablement dans le temps.

 

 

Une approche psychosomatique du soin

De manière générale, l’approche psychosomatique, qui articule le soma et la psyché dans le cadre psychothérapeutique, permet d’interroger le corps dans ses maux : maladie, cancer, troubles dermatologiques, musculaires, gynécologiques, respiratoires, gastro-entérologiques, etc.

 

L’importance d’une psychothérapie psychocorporelle

La remémoration seule ne suffit pas.

L’amnésie n’est d’ailleurs pas toujours présente. De nombreuses personnes se souviennent de l’événement traumatique, mais restent incapables de le dépasser.

Le traumatisme s’inscrit dans le corps et pas uniquement dans le langage. C’est pourquoi une psychothérapie fondée uniquement sur la parole ne suffit pas toujours. La clinique doit aussi s’intéresser au somatique, dans une approche élargie de la psychothérapie.

 

 

Psychothérapie à médiation corporelle

Parcours tonico-sensoriel

Le parcours tonico-sensoriel s’appuie sur une cartographie tonico-sensorielle et sur une exploration du corps à partir de la sensibilité, de la sensation et de la perception.

Il peut s’agir d’un parcours d’exploration sensorielle mobilisant les pieds, les yeux, le toucher, avec pour objectif d’inventorier et de nommer les sensations, de découvrir la nature de façon tactile, de comparer, différencier, affiner les éprouvés corporels.

Parcours de relaxation

Le parcours corporel de détente ou de relaxation, sans amplification émotionnelle, agit sur le système nerveux parasympathique. La détente musculaire et mentale laisse alors davantage de place aux sensations corporelles.

Il existe également un parcours de relaxation avec amplification émotionnelle, qui permet un travail sur les émotions et les représentations.

Parcours de projection sensorielle

Ce parcours approfondit la relaxation et ouvre vers la visualisation, le rêve, l’élaboration onirique et imaginaire.

Il peut aussi prendre une forme symbolique et s’appuyer sur une expression à médiation artistique ou art-thérapeutique.

Parcours cognitivo-émotionnel

Ce parcours interroge la dissociation cognitivo-émotionnelle ainsi que la mémoire traumatique.

Il peut mobiliser des techniques de relaxation par visualisation, guidées ou non, éventuellement associées à l’hypnose, dans un état modifié de conscience, ou encore à l’EMDR dans le traitement du stress post-traumatique, notamment à travers la visualisation d’un lieu sûr.

 

 

Psychosomatique et identité

La psychosomatique relationnelle interroge largement le fonctionnement adaptatif lorsque le rapport à soi devient problématique.

Certaines personnes n’existent qu’à travers un cadre extérieur qui les structure. D’autres évitent le conflit à tout prix. Le modèle adaptatif renvoie alors à des schémas appris puis reproduits, avec une prévalence de la pensée rationnelle et concrète. Le sujet fonctionne en quelque sorte “en double” : il se conforme, mais ne choisit pas véritablement. Le choix semble venir de l’extérieur.

Dans cette perspective, la psychothérapie suppose un travail de recherche sur soi. Les blocages, les refoulements, les conflits psychiques sont nécessairement interrogés.

 

 

Clinique de l’intersubjectivité

Dès lors que deux sujets se rencontrent et se lient, un troisième espace psychique apparaît : celui de leur intersubjectivité.

Comme l’écrit Alberto Eiguer, il s’agit d’un espace psychique spécifique qui se déploie dans la relation.

L’intersubjectivité ne relève pas seulement d’une communication mentale. Elle implique un échange affectif, sensoriel, cognitif. Tout se construit dans la relation.

La théorie de Bion nous aide ici à comprendre que, sur le plan émotionnel, les éprouvés sensoriels bruts, ou éléments bêta, peuvent être insupportables. Le corps peut alors être anesthésié sur certains affects, comme dans certains seuils alexithymiques, ou au contraire être totalement débordé par l’émotion sans pouvoir en relier l’origine. C’est le cas, par exemple, lorsque l’espace lui-même se trouve envahi par des projections internes, comme dans certaines formes d’agoraphobie.

Les émotions se situent précisément à la frontière du psychique et du somatique, entre les éprouvés bruts et les éléments psychiques élaborés et pensables.

 

 

Circularité, conflit et interpsychique

À mi-chemin du psychisme et du somatique, la psychosomatique relationnelle vise l’appropriation du corps et la construction subjective du sujet.

Sa méthode cherche à développer la capacité à élaborer les situations conflictuelles afin de pouvoir les dépasser et les transformer. Son outil privilégié, la médiation corporelle, permet de repérer les points de tension et de résistance à partir du corps réel, avec l’exploration corporelle, pour aller vers un corps imaginaire. Là où le non-lien fait obstacle à la fonction imaginaire, le travail thérapeutique vise précisément à relancer cette mise en lien.

La psychosomatique relationnelle s’intéresse, comme Freud, au conflit intrapsychique, mais avec cette spécificité de partir de l’interpsychique. Autrement dit, c’est par la relation à l’autre que le sujet peut progressivement comprendre ce qui se joue en lui.

Il faut rappeler que la réalité psychique ne se réduit jamais à la réalité extérieure. Elle passe toujours par la résonance avec l’histoire du sujet. Chacun projette quelque chose de lui-même sur le monde, à travers sa fonction projective.

L’intrapsychique se glisse ainsi peu à peu dans l’intersubjectivité, c’est-à-dire dans la manière dont le sujet se perçoit en rapport avec l’autre et avec le monde. Le travail thérapeutique permet alors d’acquérir progressivement des capacités à élaborer des situations conflictuelles toujours agissantes, auxquelles le sujet participe encore et qui l’ont façonné.

Un des axes majeurs de la psychosomatique relationnelle consiste précisément à dynamiser cette circularité.

 

 

Du symptôme à la subjectivation

Pour Freud, le symptôme renvoie à une causalité linéaire entre conflit psychique et manifestation symptomatique. La psychosomatique relationnelle propose de penser autrement, de manière circulaire, entre corps, fonctionnement adaptatif, situation relationnelle conflictuelle et pathologie.

Le corps est à la fois point de départ et point de retour.

Lorsqu’il constitue le point de départ, il est envisagé comme objet d’apprentissage, doté d’un pouvoir de projection. Il dessine un dedans et un dehors avant même l’accès à une véritable troisième dimension psychique. À partir de la sensorimotricité, la psychosomatique relationnelle utilise la projection sensorielle pour développer la projection fantasmatique, dont l’activité onirique représente la forme la plus aboutie.

On retrouve ici le passage de la bidimensionnalité, qui cristallise la défaillance de la fonction de symbolisation, à une tridimensionnalité permettant de redonner au symptôme sa représentation propre.

Le thérapeute adapte alors sa position en fonction du sujet : parfois plus directif, afin d’apporter un cadre contenant et structurant ; parfois plus non directif, pour ne pas mettre le sujet en difficulté et favoriser son mouvement propre.

L’un des grands objectifs de cette approche est de relancer une dynamique de subjectivation à partir du corps propre. Il s’agit de mobiliser les ressources imaginaires — le jeu, le rêve, l’affect — en partant du corps réel, en passant de la projection sensorielle à la projection fantasmatique, jusqu’à la subjectivation.

Comme le précise Pierre Boquel, il ne s’agit pas simplement d’une reprise consciente du sujet sur lui-même, ni d’une subjectivité objectivée, mais d’une véritable constitution de soi en tant que subjectivité.

L’objectif est donc de relancer une véritable dynamique de subjectivation à partir du corps propre, en tant que structure spatiale dotée d’un pouvoir originel de projection, d’abord sensorielle puis fantasmatique. Il s’agit de favoriser un espace corporel unifié, au-delà des ruptures traumatiques, afin d’accéder à une activité de synthèse, à travers une approche réflexive et expérientielle inscrite dans une relation intersubjective.

Le thérapeute accompagne alors le sujet dans un travail de reconnexion à ses potentialités sensorielles, émotionnelles, affectives et imaginaires. La dynamisation de la circularité vient restaurer un lien fondamental entre les différents pôles du trépied psychosomatique : fonctionnement, situation relationnelle conflictuelle et pathologie.

 

 

Psychosomatique relationnelle

« En psychosomatique relationnelle, le corps garde la trace des situations conflictuelles qui ont dévié ou fait obstacle au développement du sujet : une trace sur laquelle la relation thérapeutique exerce un pouvoir de résolution et de transformation. »

Si le corps est le point de départ, il s’agit d’un corps envisagé comme objet d’apprentissage, considéré dans son pouvoir de projection, c’est-à-dire comme schéma de représentation découpant un dedans et un dehors avant l’introduction de la troisième dimension. La psychosomatique relationnelle utilise ainsi la projection sensorielle, à partir de la sensorimotricité, pour développer la projection fantasmatique, dont l’expression la plus aboutie est l’activité onirique.

Pierre Boquel précise qu’il ne s’agit pas d’une reprise consciente du sujet sur sa propre subjectivité, ni d’une subjectivité simplement objectivée, mais bien d’une véritable constitution de soi en tant que sujet. Il rappelle aussi que l’attitude du thérapeute consiste à accueillir l’autre sans le déformer, sans enfermer sa réalité dans un système de connaissance, ni projeter sur lui un savoir préalable.

L’objectif est de relancer une dynamique de subjectivation à partir du corps propre, en tant que structure spatiale dotée d’un pouvoir originel de projection, d’abord sensorielle puis fantasmatique. Il s’agit de favoriser un espace corporel unifié, malgré les ruptures du traumatisme, afin de permettre une activité de synthèse à travers une approche à la fois réflexive et expérientielle, intégrée dans une relation intersubjective.

Le thérapeute accompagne le sujet pour qu’il se relie à ses potentialités sensorielles et émotionnelles, affectives et imaginaires. La circularité restaurée permet alors de reconnecter les différents pôles du trépied psychosomatique : fonctionnement, situation relationnelle conflictuelle et pathologie.

La psychosomatique relationnelle pose ainsi une question centrale : comment aider quelqu’un dont la souffrance ou la maladie se situe à mi-chemin du psychisme et du somatique ?

Le corps engagé dans cette médiation est un corps doté d’un pouvoir de projection, envisagé dans ses capacités sensorimotrices, dont la perception oriente les potentialités d’action et l’ensemble de la cognition.

Il s’agit, pour le sujet, de s’approprier son corps et son fonctionnement subjectif en interaction constante avec les situations qui le traversent. Par la dynamique de subjectivation, il agit sur sa propre construction psychique et acquiert peu à peu la capacité d’élaborer les situations conflictuelles encore présentes, auxquelles il participe toujours et qui l’ont pourtant façonné.